jeudi 22 août 2013

"Eternelle Amazonie"

"Nous ne défendons pas la Nature, nous sommes la nature qui se défend !"

Merci au groupe "Pour que la classe politique s'engage contre l'orpaillage illégal en Guyane" (lien ci contre en page d'accueil) d'avoir fait connaître ce documentaire de très grande qualité.



lundi 19 août 2013

Presse 18 avril 2013

Source France Guyane - 18/04/2013      Le lien ici : Eau Claire : 30 kg de mercure saisis


Harpie à Eau Claire : 30 kg de mercure saisis mais pas d'or

L'utilisation du mercure permettant d'amalgamer les minerais aurifères est interdite depuis 2006, diminuant l'impact environnementale et sanitaire lié à la pollution et l'imprégnation mercurielle (il reste le mercure naturel et ouvrier ancien sur les vieux sites qui sont remobilisés lors de l'ouverture du site)
Cette interdiction n'est bien sûr pas respectée par la filière clandestine. qui utilise en moyenne 1 kg de mercure pour extraire 1 kg de minerai aurifère.; La saisie importante réalisée prouve l'importance de al production correspondante qui elle, a échappé aux saisies.



Presse 24 avril 2013

Source France Guyane - 24/04/2013      Le lien ici : 122 militaires occupent 3 sites


Orpaillage : 122 militaires occupent trois sites

"Occuper le terrain" est la une permanence de l'art de la Guerre depuis Sun Tzu et quels que soient les moyens technologiques mis en oeuvre par les forces en présence. La lutte en Guyane contre l'activité clandestine est confrontée à chaque opération à cette réalité : les "garimpeiros" reviennent systématiquement s'installer au départ des Forces Armée de Guyane des sites traités. On peut même constater que ces "replis tactiques" réalisés par les clandestins tendent à être prévus et organisés notamment par  :

- Des moyens de renseignement humains et radios, permettant de connaitre les dates et zones des interventions des FAG, ou au pire d'anticiper les arrivées sur le terrain pour évacuer les matériels sensibles.

-Des matériels équipés pour un démontage et déplacement rapides (brêlés sur des civières de portages ("avion") et disposant de caches aux alentours du site, le temps de l'opération.

-Des dépôts de matériels et surtout de carburants situés loin des zones de travail plus repérables et si possible à l'abri des frontières Est ou Ouest du département.

Les F.A.G. cherchent à s'adapter en occupant le terrain sur les sites prioritaires et sensibles.
Cette tactique s'avère efficace et dissuasive, cependant elle soulève des questions :

? Quel est le coût quotidien de la mission d'occupation d'un site par l'armée ?
? Est ce bien le rôle de l'Etat que d'assurer la sécurisation d'une concession privée ? 
? Les moyens engagés permettent-ils aux militaires d'étendre la pression en périphérie du site ?

Personnellement si l'occupation du terrain me parait être une obligation tactique, je pense que les opérateurs miniers déclarés "tirent un peu trop sur la corde" et devrait comme la loi les y autorisent faire appel à des sociétés privées de sécurité spécialisées dans la sécurisation de sites miniers isolés... Depuis 10 ans le prix de l'or a quintuplé, ce qui n'est pas le cas des dépenses de fonctionnement et les sociétés privées ont les moyens de mettre en oeuvre une sécurisation proche et dissuasive de leurs concessions. Ils sont soumis aux mêmes lois qui les responsabilise quant à la sécurité de leur zone privée, ce qu'ils peuvent réaliser avec efficacité, à condition que les agents recrutés soient en règle et formés conformément aux textes législatifs en vigueur.  

Les ressources des FAG ont à mon avis d'abord des zones publiques prioritaires et qui n'ont pas les moyens de se défendre ( Territoires d'usages des villages, zones naturelles protégées, zones frontalières etc...



mardi 30 juillet 2013

Presse 22 juillet 2013

Source France Guyane - 22/07/2013    Le lien ici : Désormais les gendarmes s'adaptent... & Infirmière militaire...

Désormais les gendarmes s'adaptent aux garimpeiros (Eau Claire 2ème partie)


Infirmière militaire en forêt



Presse 20 juillet 2013

Source France Guyane - 20-21/07/2013   le lien ici : Au coeur du Site d'Eau Claire

Au coeur du site d'Eau Claire, 1ère partie



Presse 13 juillet 2013

Source France Guyane - 13/07/2013    Le lien ici :Berthelot propose 2 lois


Pêche et orpaillage illégaux: Berthelot propose deux lois

En décembre 2011, une commission d'enquête s'était penchée sur le problème de l'orpaillage. avec Chantal Berthelot, député de le Guyane qui propose aujourd'hui ces 2 lois visant la pêche et l'orpaillage illégaux. Pour cette dernière activité, madame Berthelot propose une contrainte sur les transports de matériel destinés à l'exploitation aurifère.

Je pense que viser les voies logistiques est effectivement plus efficace que traiter les sites clandestins, par des opérations lourdes et onéreuses qui ne font souvent que disperser l'activité illégale dans d'autres secteurs.
Cependant le montage législatif proposé, cohérent sur une carte coloriée et dans les esprits soucieux de respecter les us et coutumes locales, me semble difficilement applicable sur le terrain par les forces de la gendarmerie car la pénétration dans la zone forestière n'a pas de points de passage obligés d'où un contrôle efficace peut se réaliser surtout lorsque la limite est repoussée à 20 km à l'intérieur du couvert forestier. Par ailleurs transiter par une déclaration en préfecture me semble administrativement lourd et contraignant  

Pourquoi ne pas exiger simplement la présentation de la facture accompagné d'une copie Kbis et de la déclaration en douane réglementaire si l'achat a lieu à l'étranger ?Tout matériel transporté sans facture ou déclaration en douane, ou justifié par un Kbis pourra être saisi n'importe où en Guyane et sans distinction des personnes contrôlées .
Chaque moteur possède un numéro, reporté sur la facture d'achat. Pourquoi donc au vu de cette traçabilité, une enquête n'est pas réalisée pour essayer de retrouver  l'identité du vendeur et de l'acheteur des moteurs détruits ou saisis ? 

Pourquoi le transport de carburant n'est pas concerné par cette proposition de loi ? 
Chaque minier est soumis à une équation simple : tant de moteurs fixes et tant de moteurs roulants, tant de production donc tant de carburant consommé (dont une partie détaxée) Certains sites déclarés au vu de leur consommation de carburant et de leur production "officielle" doivent avoir de sérieux problèmes de "fuite" (d'or ou/et de gazole);

Bref, autant de questions parmi d'autres qui m’amènent a penser que les réflexions politiques engagées sur l'orpaillage pont partielles, donc partiales et qu'effectivement si elles sont parfois intéressantes dans la lutte contre l'orpaillage clandestin, elles évitent soigneusement d'être trop contraignantes pour l'orpaillage déclaré (remarquez ici qu'éthiquement  je n'utilise pas le terme "légal")

Pour être efficace, la législation, les contrôles et les lois coercitives doivent concerner l'ensemble des actions menées par l'activité d'orpaillage et l'ensemble de ses acteurs (opérateurs miniers déclarés et clandestins, transporteurs et logisticiens...)



dimanche 14 juillet 2013

Presse 30 avril 2013

Source France Guyane - 30/04/2013   le lien ici : Naufrage d'une pirogue...

Naufrage d'une pirogue au milieu de la tempête

Pour rentabiliser les transports clandestins de personnels et de matériels, les orpailleurs chargent au maximum les bateaux dans la première étape où les risques d'interceptions nocturnes sont quasiment nuls. Ces transports se réalisent souvent avec des pirogues fluviales lourdement chargées qui essayent  au milieu de la nuit, de se frayer un chemin pour passer les barres maritimes des fleuves Oyapock et Approuague principalement. Cette côte est parsemée de banc de vase et la houle put y être importante, et bien sur aucune sécurité n'est organisée à bord.
De nombreux naufrages ont ainsi lieu chaque année au large des côtes entre Brésil et Guyane.


mercredi 10 juillet 2013

Presse 8 mai 2013

Source France Guyane - 08/05/2013 -      le lien ici : Une pirogue interceptée

Une pirogue interceptée avec du carburant

Trafic fluvial permanent sur les fleuves frontaliers ou les clandestins recrutent m^me au sein des villages amérindiens des pilotes sans scrupule appâtés par le gain...



Presse 8 mai 2013

Source France Guyane - 08/05/2013 -      le lien ici : L'ombre de Manoelzinho

L'ombre de Manoelzinho plane sur un meurtre

A travers la narration de ce fait divers, on peut mesurer le niveau de violence extrème qui préside aux différents survenant dans la société criminogène qui s'organise sur les "placers" (mines) clandestines...



Presse 10 mai 2013

Source France Guyane - 10/05/2013 -    le lien ici : Clandestins : la voie maritime PART 1 et : Clandestins : la voie maritime PART 2

Clandestins : la voie maritime toujours utilisée

L'orpaillage n'est pas la seule activité clandestine qui sévit en Guyane, la pêche illégale ou intrusive dans les eaux territoriales française est quotidienne et issue des même régions périphériques. Les communications par voies fluviales, sont traditionnelles dans la région et offre un réseau plus important et beaucoup plus difficilement contrôlable par les autorités françaises. 
Malgré le danger mortel des " barres maritimes" des embouchures et de la houle atlantique des bateaux fluviaux de type pirogue lourdement chargés de matériels et de personnels tentent chaque nuit le passage entre les bouches des fleuves...



Presse 09 juillet 2013

Source France Guyane 09/07/21013    le lien ici : Manoelzinho tente de s'évader...

Manoelzinho tente de s'évader 

Nouvel épisode dans le dossier de la tragédie meurtrière de Dorlin. Le principal responsable considéré comme le chef de la bande de tueurs responsable de minimum 13 assassinats il y a un an à tenté de s'évader de sa prison au Brésil, ravivant dans les mémoires les souvenirs douloureux et suscitant dans les esprits des interrogations quant au traitement du problème côté Brésil.



Presse 11 mai 2013

Source France Guyane - 11 et 12 mai 2013     le lien ici : Blessé grièvement à Dorlin...

Blessé grièvement à Dorlin, un gendarme raconte

Près de un an après les événements dramatiques qui ont coûté la vie à 2 militaires et blessé grièvement 2 gendarmes, l'un de ces derniers témoigne de l'embuscade vécue. 
Ce témoignage est important car il démontre que l'environnement spécifique que constitue la forêt équatoriale rééquilibre la balance des forces en présence et que quelques armes d'assaut tenues par des hommes déterminés et maîtrisant le terrain suffisent à mettre en difficulté mortelle des forces largement supérieures en nombre et en équipement.


dimanche 7 juillet 2013

Presse 04 juillet 2013

Source France Guyane - 04/07/2013    le lien ici : Aimé réveille toi !

Aimé Réveille toi !

Voilà bien un beau cri d'alarme et de ralliement autour des menaces que font peser les clandestins sur la Guyane. Cela se passe de tout commentaire; 
Merci à Léonce pour cette belle expression...

L'orpaillage clandestin

Afin de réaliser une première approche de l'activité minière aurifère clandestine en Guyane, je reproduits ici des extraits d'un travail réalisé en 2009.
Au cours d'articles prochains nous nous efforcerons de réactualiser les chiffres.

L'orpaillage clandestin : une activité illégale et criminogène

(Extraits)

PLAN : 

1 / INTRODUCTION, L'insécurité en Guyane, un problème majeur   
   
                         1.1 Présentation de la Guyane
                                                             1.1.1 Situation régionale
                                                             1.1.2 Caractéristiques principales

                         1.2. L'insécurité en Guyane
                                                            1.2.1 La zone littorale
                                                            1.2.2 La zone intérieure
                                                            1.2.3 Les chiffres de l'orpaillage clandestin 2008

2 / L'ORPAILLAGE CLANDESTIN, Une activité illégale et criminogène

                         2.1. Situation de l'orpaillage illégal
                                                             2.1.1 Les différents types de gisements
                                                             2.1.2 L'augmentation de l'activité

                         2.2. Les impacts de l'orpaillage illégal
                                                             2.2.1 L'impact économique
                                                             2.2.2 L'impact environnemental
                                                             2.2.3 L'impact sanitaire
                                                             2.2.4 L'impact social
                                                             2.2.5 Les populations autochtones

1 / Introduction 
L’insécurité en Guyane : un problème majeur


1.1 / Présentation de la Guyane

La Guyane est un département exceptionnel par ses caractéristiques, ses dimensions et sa situation régionale :

1.1.1 / SITUATION RÉGIONALE

Situé à quelques 7000 km de Paris, la Guyane Française, peuplée officiellement de 210 000 habitants (ndlr chiffres 2011), est le seul territoire européen situé sur le continent latino américain. Espace géographique d’exception il est le plus vaste des départements français avec ses 84 000 km² recouverts à 90% par un espace forestier amazonien non aménagé. Située sur la côte Nord Est de l’Amérique du Sud, la Guyane bénéficie d’un climat chaud et humide rythmé par les saisons des pluies de décembre à février puis d’avril à juillet provocant une moyenne de 4 m de précipitation annuelle.

La Guyane représente 6 % d’une entité géographique, géologique et humaine plus importante : le bouclier des Guyanes. Stabilisée il y a 400 millions d’années, cette région situé entre l’Amazone et l’Orénoque couvre aujourd’hui une partie du Venezuela, le Guyana, le Surinam, la Guyane Française et l’Amapa brésilienne. L’unité géographique de cette région conditionne depuis prés de 10 000 l’histoire humaine qui se joue le long de ses fleuves et rivières innombrables.

1.1.2 / CARACTÉRISTIQUES PRINCIPALES
Carte de la Guyane et des zones naturelles protégées
La Guyane est formée de deux espaces très distincts :

LA ZONE LITTORALE, terres basses, savanes arborées ou inondées, est située le long des 320 km d’une côte fortement envasée, au tracé changeant, bordée de mangroves. Cette bande côtière  d’une trentaine de km de large environ est aménagée par l’homme et accueille plus de 80 % de la population. Les rares effleurements rocheux du socle géologique avançant vers le nord offrent la possibilité d’implanter des localités importantes sur la côte stabilisée (Cayenne et Kourou)


LA ZONE INTÉRIEURE  terres hautes,  concerne 80 % du territoire. Cette région est couverte par une forêt primaire dense et très humide fixée sur un relief constitué d’une succession de petites collines de 300 à 400 m d’altitude moyenne  drainée par un maillage hydrographique serré et imposant. Cette zone très difficile d’accès, n’est pas aménagée et ne connaît que quelques implantations communautaires le long des grands fleuves (exception Saül) qui sont toujours les voies de communication privilégiées.

1.2 / L’insécurité en Guyane

Actuellement la Guyane vit une poussée démographique où sa population a vu pratiquement son effectif doubler à chacune des trois dernières décennies.
La délinquance ici est amplifiée par le contexte particulier du département qui subit une forte immigration clandestine en quête d’un confort sanitaire et social, et d’activités illégales fructifiantes et facilement dissimulables dans ce territoire immense à faible densité géographique.

1.2.1 / LA ZONE LITTORALE

La quasi totalité des forces régaliennes dédiées à la sécurité est concentrée sur la zone littorale, aménagée et équipée suffisamment pour leur permettre de déployer  leurs moyens et d’occuper le terrain pour faire respecter la loi. Dans cette zone ; même si il existe encore des secteurs difficiles telles les communes frontalières,  l’immigration clandestine, les trafics divers et la délinquance connaissent régulièrement des revers sérieux (ndlr:  Il faut cependant noter des situations particulières ou l'insécurité est en progression, comme à JKourou par exemple)).  

1.2.2 / LA ZONE INTÉRIEURE

En revanche, la partie continentale, malgré les opérations d’éradication déclenchées par l’Etat ces dernières années, tend a devenir progressivement une véritable « zone de non droit », où une véritable société clandestine organisée s’est installée autour de l’activité minière illégale, en progression constante.

Cette situation est principalement due aux caractéristiques de cette région intérieure :

- Immensité du territoire, à très faible densité démographique, 
- Frontières fluviales poreuses, impossibles à contrôler en continu
- Couvert forestier, rendant l’observation et le renseignement difficile
- Aménagement routier inexistant, navigation fluviale difficile (rapides)
- Richesse minière aurifère importante …

Aujourd’hui, et bien qu’opérant principalement dans une zone à faible densité démographique,  il est estimé qu’environ 50 % des actes criminels connus en Guyane sont liés à cette activité appelée populairement  « orpaillage clandestin ».

Cette situation de l’orpaillage clandestin est l’objet du chapitre suivant. 

1.2.3 / LES CHIFFRES 2008 CONCERNANT L’ORPAILLAGE CLANDESTIN

423 opérations ont eu lieu en 2008, soit une augmentation de 274,34 % par rapport à 2007.
Les militaires des forces armées de Guyane ont apporté leur concours à la majorité d'entre elles.

Ces opérations ont permis la saisie de :
• 64 kg d'or, soit + 342 % par rapport à 2007 (14 kg)
• 314 kg de mercure, soit + 342 % par rapport à 2007 (71 kg)
• 375 043 litres de carburant, soit +2,8 % par rapport à 2007 (364 681)
• 327 pirogues, soit + 26 % par rapport à 2007 (242 pirogues).

Le montant total des destructions s'élève ainsi à 57 430 662 euros en 2008 contre 22 970 184 en 2007, soit une augmentation de 60 %.



2 / L'orpaillage clandestin
Une activité illégale et criminogène


2.1 / Situation de l'orpaillage illégal

Le sous-sol de la Guyane est composé : 
• De roches antécambriennes soumises à l’érosion et l’altération chimique, 
• De roches plus jeunes, éruptives et volcaniques dont l’intrusion est due à la tectonique. 
Lors de la période de formation, des métaux lourds tel que l’or sont localement entraînés du socle, et concentrés vers la surface. 

2.1.1 / LES DIFFÉRENTS TYPES DE GISEMENTS

Le gisement "primaire"
Les phénomènes géologiques peuvent donc créer d’importantes concentrations de minerais aurifères. Ce type de gisement dit « primaire » se présente sous la forme de roches à l’intérieur desquelles se trouve emprisonné l’or. Deux zones distinctes sont à repérer dans le primaire : 
•Les « roches dures », roche mère du filon, où l’or emprisonné sous forme complexe et difficile à exploiter 
•Le «chapeau», en surface des roches dures, couches de roches altérées où réside de l’or libre à l’exploitation plus aisée, son exploitation commence  aujourd’hui à se rencontrer de plus en plus.

Le "gisement secondaire"
Table de séparation clandestine - Photo SSP

Sous l’action mécanique de l’érosion, les gisements primaires sont désagrégés et les débris sont entraînés par gravité. Ce type de gisement dit « secondaire » se présente principalement sous trois formes : 

•Les ELUVIONS : Désigne les débris minéraux résultant de l’altération du filon primaire qui n’ont pas été transportés. Ces derniers peuvent être piégés par un obstacle du relief et ainsi s’accumuler 

•Les COLLUVIONS : Désigne généralement les dépôts arrêtés au bas des pentes, en amont des vallées. 

Aujourd’hui, les exploitations de type éluvionnaire et colluvionnaire se généralisent. En effet, et bien que demandant des moyens de prospection précis, ces dépôts très localisés présentent en général l’avantage d’être plus rentables car plus concentrés et moins enterrés. 

•Les ALLUVIONS : Généralement ces débris minéraux continuent leur course à travers le réseau hydrographique et finissent par s’accumuler sur les terrasses alluviales dans les lits des criques et rivières. 

Bien que de concentration aurifère plus faible, la prospection et l’exploitation de tels gisements secondaires sont plus abordables et peuvent même se réaliser avec des moyens artisanaux ou faiblement mécanisés, des délais d’installations courts et un investissement moyen 

Ils constituent l’essentiel des gisements exploités depuis le début de l’activité en 1855.



Les orpailleurs clandestins ne disposant pas en général de moyens d’investissement lourds et de prospection, ils vont chercher en priorité à s’installer sur d’anciens sites encore fertiles ou des secteurs en cours d’exploitation, majoritairement de type secondaire. 



Le potentiel minier aurifère de Guyane

La Guyane recèle encore un potentiel aurifère important : 120 tonnes en or primaire et encore 15 à 20 ans de gisement alluvionnaire au rythme de son exploitation actuelle (IEDOM 2006).


2.1.2 / L'AUGMENTATION DE L’ACTIVITÉ

L’augmentation importante de l’activité minière clandestine peut s’expliquer par un certain nombre de paramètres favorisant l’attractivité de la Guyane pour ce secteur. :

A - LA FLAMBÉE DE L'OR

Le cours de l'or (ndlr: mis à part ces derniers mois, connaît une flambée incitative aux prises de risques liés à l'activité clandestine.

B / LA CONNAISSANCE DU POTENTIEL GUYANAIS

Exploité depuis la moitié du XIXème siècle, le sous sol guyanais à fait l’objet d’une campagne de prospection et d’études minières entre 1959 et 1969, complétée par un inventaire minier dans les années 1970. De nombreuses PME sont venues depuis ces années , « marquant » ainsi le terrain.

C / UNE ZONE FORESTIÈRE ISOLÉE ET CONNUE

La ceinture d’or est principalement située dans une zone éloignée des secteurs habités, non aménagée et difficile d’accès, elle constitue un refuge connu où peuvent opérer à l’abri des délais d’intervention les clandestins originaires souvent du même massif forestier amazonien. 
Aujourd’hui les clandestins se dotent d’un réseau sans cesse changeant de sentiers pédestres, pistes quad qui, associés au réseau fluvial leurs permettent de se déplacer en évitant les points de contrôle. 

D / DES OPÉRATIONS DE RÉPRESSION INADAPTÉES

Face au problème croissant de l’orpaillage clandestin en forêt guyanaise, l’Etat mène depuis 2002 des campagnes visant à éradiquer cette activité illégale (opérations « Anaconda », puis « Harpie », par la gendarmerie avec l’appui de l’armée) En 2007 par exemple, 112 opérations dites « Anaconda » ont été menées. Le montant des destructions et saisies en avoirs criminels s’élève à 23 294 795 euros.
Si le volume des missions et l’effectif engagé est en progression constante, force est de constater que malgré l’éradication de gros villages clandestins tel que Dorlin en 2002 ou Sikini en 2006, l’orpaillage clandestin, globalement n’a pas diminué, au contraire, il s’est simplement adapté en se dispersant en une myriade de petits campements mobiles, utilisant des bases logistiques à l’abri des frontières.

Aujourd’hui les moyens engagés par l’Etat ont du mal à obtenir des résultats globaux significatifs car :

•Les moyens sont lourds à mettre en œuvre, lents et peu discrets.
•Le personnel, en séjour court en Guyane, est peu formé et ne connaît pas la forêt.
•La langue portugaise est indispensable pour les contacts et le renseignement.
•Les opérations sont ponctuelles et de trop courte durée. 
•Les moyens d’évacuer les personnes appréhendées sont insuffisants voire inexistants.

E / UNE POLITIQUE RESPECTANT LES PERSONNES 

De plus lorsque l’orpailleur clandestin est confronté aux autorités françaises, il est soumis à un régime sensiblement différent de celui de son pays d’origine, diminuant ainsi considérablement les risques encourus par son activité illégale. Il faut observer également que ces risques mineurs encouragent parfois l’existence de réseaux locaux de logistique et soutien aux sites illégaux.

2.2 / Les impacts de l'orpaillage clandestin

Les conséquences de l’activité minière illégale en Guyane française sont très importantes pour l’Amazonie, l’Etat et la Guyane. Ces impacts se font ressentir sur les plans économique, environnemental, sanitaire et social. 

2.2.1 / L'IMPACT ECONOMIQUE

L’impact économique de l’orpaillage clandestin est considérable :

COÛT DIRECT : La production aurifère illégale qui s’échappe des réserves minières de Guyane est minimum égale à la production déclarée et peut atteindre facilement le double (estimation Drire 2006) 
Aujourd’hui, l’augmentation des sites clandestins, les moyens de plus en plus modernes et mécanisés employés, l’exploitation de gisements primaires à forte densité, ont pour conséquence une augmentation de la production illégale.

Observation : entre 5 et 10 tonnes illégales sorties chaque année

COÛT INDIRECT : La gestion de ce problème majeur et son traitement représente un budget majeur, 
•Entretien des forces de gendarmerie dédiées aux opérations (salaires, hôtels etc…)
•Renseignement sur les implantations clandestines (missions aériennes et satellite)
•Préparation et déroulement des opérations héliportées
•Reconduites à la frontière éventuelles

•Logistique des forces engagées…

2.2.2 / L'IMPACT ENVIRONNEMENTAL

L’impact environnemental de l’orpaillage clandestin est inquiétant (Surfaces touchées multipliées par trois durant ces 6 dernières années (ONF 2006).:

LA DÉFORESTATION : Pour atteindre le niveau fertile en minerai aurifère l’orpailleur déforeste et décape la couche humique rendant difficile la revégétalisation.
"Placer" (mine) abandonnée (2008) - Photo SSP

LA DESTRUCTION DES COURS D’EAU : Le lit du cours d’eau initial est complètement détruit pour accéder au sous-sol et remplacé par un canal de dérivation, Ces aménagements ont des répercussions sur l’équilibre dynamique des rivières.
•Érosion régressive ou progressive du lit du cours d’eau.

•Destruction des habitats et donc la faune et la flore qui s’y trouvent…

LES MATIÈRES EN SUSPENSION : A l’issue du décapage et de la liquéfaction du sol, les boues traitées sont rejetées (1.000 tonnes de boues rejetées par kilo d’or extrait (rapport Taubira 2000)) dans le réseau hydrographique générant une turbidité de l’eau sur plusieurs centaines de kilomètres. Ces M E S provoque des dégâts considérables sur le milieu aquatique :
•Extinction des espèces végétales chlorophylliennes
•Diminution du niveau d’oxygène par oxydation
•Disparition des zones de frayères pour de nombreuses espèces aquatiques
•Destruction importante de la faune et la flore associés aux sauts (rapides).

Soit au total 1.333 km de cours d’eau directement impactés (ONF 2006). A titre de comparaison, la Loire (de la source à l’embouchure) couvre 1.000 km de linéaire

LA POLLUTION : Le matériel hors d’usage, les déchets ménagers sont bien sûr laissés sur place par les clandestins, sans compter les pollutions diverses aux hydrocarbures … 
Cours d'eau pollué sur site minier clandestin - photo SSP
LA PRESSION CYNÉGÉTIQUE : Vivant en autarcie pendant plusieurs mois sur les sites isolés, les clandestins pratique une chasse importante éradiquant de nombreuses espèces protégées de leurs secteurs.


2.2.3 / L’IMPACT SANITAIRE

Deux exemples majeurs et emblématiques de l’Amazonie :

LE MERCURE : Interdit sur les mines légales depuis janvier 2006, le mercure, facile d’emploi et efficace continue a être utilisé par les clandestins (1,3 kg de mercure additionné pour 1 kg d’or produit). Soit 5 tonnes de mercure annuel rejetées dans le milieu naturel (atmosphérique et fluvial) Sous sa forme organique (méthylmercure) il parvient jusqu’à l’homme à travers une bioaccumulation et une bioamplification réalisées au sein de la chaîne alimentaire. Soit 1,5 tonnes Hg /an dans les cours d’eau (rapport Etat des lieux de l’exploitation de l’Or en Guyane, Mars 2005)
Les conséquences sanitaires sont extrêmement graves, menant vers la maladie de Minamata (malformations congénitales, décès etc.). Aujourd’hui, le niveau d’intoxication mercurielle des populations fluviales dépasse largement les limites sanitaires tolérables (Source DSDS) chez plus de 70 % des enfants wayanas.
Observation : De plus le mercure naturel (10 fois supérieur en Amazonie) se rajoute au mercure ouvrier actuel et ancien (env. 300 tonnes depuis 1855 source Drire) lors de la pollution des sites.

LE PALUDISME : Avant l’arrivée massive des orpailleurs clandestins la cartographie des souches du paludisme (vivax et falciparum) et des zones de résistance était bien maîtrisée et des bassins fluviaux quasi épargnés (Mana, Approuague…) depuis, le paludisme via principalement les déplacements des clandestins, a envahi la zone intérieure. Les souches étant mélangées et itinérantes, et les prophylaxies non contrôlées, une recrudescence sensible du paludisme est constatée jusque sur le littoral et les résistances provoquent un affaiblissement de l’efficacité des traitements.

2.2.4 / L’IMPACT SOCIAL

Même si on constate une organisation et des moyens de plus en plus modernes, la société clandestine vit globalement dans des conditions sanitaires et sociales délétères :

LES CONDITIONS DE VIE : La vie nomade et isolée pendant de nombreuses semaines, la clandestinité,  génèrent une précarité permanente :
•Hygiène réduite à la portion congrue.
•Conditions de travail difficile et dangereuses (ex : pompe sous marine)
•Exploitation des personnes par une dépendance vitale et matérielle.

L’INSECURITE : L’attrait de l’or, l’isolement des sites et la clandestinité des protagonistes incitent au développement de l’insécurité sur le secteur aurifère et créent de véritables zones de non droit :
•Prostitution
•Drogue
•Contrebande
•Criminalité (vols, braquages, meurtres qui depuis 2005 se radicalisent et progressent)

2.2.5 / LES POPULATIONS AUTOCHTONES

DES RESSOURCES ATTAQUÉES : Face aux actions de la gendarmerie, les clandestins s’éparpillent à l’intérieur des territoires habités par les Amérindiens. 
En dehors de l’impact sanitaire déjà cité ci dessus, l’activité minière clandestine exerce sur ces populations : 
•une nuisance sonore, une pollution de leur milieu naturel. 
•une occupation et une pression de chasse qui appauvrissent les ressources en gibier. 
•un appauvrissement des ressources halieutiques par la pollution de l’eau. 

DES POPULATIONS EN DANGER : Par ailleurs, des comptoirs logistiques s’organisent à proximité des villages, rompant définitivement l’enclavement des Amérindiens dont le territoire est envahi par: 
•des produits de consommation inutiles que des épiceries proposent à prix exorbitant. 
•l’alcoolisme
•la drogue 
•la prostitution
•l’insécurité (vols braquages échanges de coups de feu etc…)


France Guyane du 17 octobre 2007
DES CULTURES  MENACÉES :
Les nations amérindiennes, dont le système traditionnel est déjà sérieusement fragilisé, vivent une dégradation rapide de leur environnement et une intrusion de leurs communautés par une société clandestine cupide, sans loi ni morale.
Cette situation envenime une économie traditionnelle de subsistance déjà bouleversée par une économie basée sur l’argent. 

Cette nouvelle économie de marché implique à court terme, une détérioration des coutumes de ces populations, et à moyen terme, une destruction de l’unité communautaire par une perte de l’identité culturelle.


Erwan Castel & Yannick Brassier, 2009


Prochaine analyse : "Les mesures de prévention et de lutte"
          

samedi 6 juillet 2013

Presse 25 juin 2013

Source France Guyane - 25 juin 2013     le lien ici : Garimpeiro mort...

Garimpeiro mort: la légitime défense se profile

Un clandestin a été tué le 19 juin 2013 alors qu'il ripostait aux Forces de l'ordre lors d'une interpellation d'un trafic logistique fluvial à destination des sites miniers clandestins...(voir édition du 22 juin 2013)
Les circonvolutions discursives des autorité judiciaires françaises démontrent que le dossier de l'orpaillage clandestin connaît d'autres tensions que celles qui s'expriment violemment sur le terrain. La dimension politique transpire ici à travers les hésitations et  la prudence affichée pour rapporter l'événement...
On sent que la balance est ici chargée d'enjeux et d'intérêts dont la valeur semble être aux yeux de certains plus importante que les menaces qui pèsent sur la forêt et ses populations...

Concernant ce fait divers voir les autres articles :
22 juin 2013 - France Guyane - le lien ici : Un garimpeiro tué d'une balle tirée par un gendarme
27 juin 2013 - France Guyane - le lien ici : A Camopi, on est dans le désespoir total


Presse 22 juin 2013

Source France Guyane - 22/07/2013     le lien ici : Un garimpeiro tué d'une balle...

Un garimpeiro tué d'une balle tirée par un gendarme

Un nouveau drame a frappé la forêt guyanaise dans la nuit du 19 au 20 juin à Camopi, au cours d'une interpellation fluviale. Le pilote de la  pirogue logistique clandestine a été abattu après avoir tenté de s'opposer violemment aux forces de l'ordre qui ont riposté en état de légitime défense. Ce fait divers démontre s'il en était besoin la radicalisation des comportements de la part des clandestins qui n'hésitent plus aujourd'hui a tirer sur les Forces Armées de Guyane. 
Pourquoi ? 
D'abord les enjeux : le coût de l'or, même si il accuse en ce moment une baisse sensible, reste à un niveau très haut (voir le lien : Evolution du cours de l'or), "le jeu en vaut la chandelle"...
Ensuite les menaces : les opérations de répression menées depuis une dizaine d'années, si elles n'éradiquent pas l'activité clandestine faute de moyens adéquats, réussissent cependant  a infliger des pertes matérielles notamment à la filière logistique liée à un système mafieux qui investit dans l'acquisition du matériel coûteux (moteurs, corps de pompe, mercure...)
Résultat, les clandestins s'adaptent et les transports sont de plus en plus souvent confiés à des spécialistes qui se militarisent de plus en plus (armes, radios, dépôts et planques intermédiaires, réseau de renseignement etc...) Et si dans ce "jeu du chat et de la souris", il arrive qu'une interpellation réussisse, combien de pirogues, quads ou colonnes de porteurs passent à travers les mailles du filet...

Mais le plus grave à la lecture de cet article est surréaliste : tandis que le gendarme qui a accompli sa mission au risque de sa vie connaît une "garde à vue"dans le cadre d'une enquête  menée par la justice, les habitants de Camopi sont terrorisés, victimes de représailles violentes de la part des clandestins occupant le village à 100 mètres, sur la berge brésilienne du fleuve Oyapock !

Concernant ce fait divers voir les autres articles :
25 juin 2013 - France Guyane - le lien ici : Garimpeiro mort, la légitime défense se profile
27 juin 2013 - France Guyane - le lien ici : A Camopi, on est dans le désespoir total



mardi 2 juillet 2013

Presse 27 juin 2013

Source France Guyane - 27/06/2013     le lien ici:A Camopi, on est dans le désespoir...

A Camopi, "On est dans le désespoir total"

Les populations traditionnelles de Guyane vivent principalement le long des fleuves de sa zone intérieure au coeur des zones à fort potentiel aurifère. Les amérindiens Oyampis, Tekos, Wayanas, et les Bushi Nenge Aluku ou Djuka sont les premières victimes de l'orpaillage". 
En effet, ces "communautés traditionnelles sous influence", déjà fragilisées par une plongée brutale dans le modernisme consumériste, sont aujourd'hui gravement menacées par l'orpaillage qui détruit leur sanctuaire vital : Ressources halieutiques impactées, rivières polluées, intoxication mercurielle, ingérence des réseaux de drogue, de prostitution et d'alcool...

Mais depuis la flambée du cours de l'or et de ses enjeux, la radicalisation des rapports entre les forces armées et les clandestins, ces populations font les frais de cette guerre larvée : vols des pirogues, des moteurs, des productions et matériels de vie, menaces et agressions etc...
Sans moyens, avec une organisation coutumière désagrégée et sans pouvoir, les habitants des fleuves de Guyane aujourd'hui ont peur, surtout depuis que les misérables résultats obtenus par l'Etat leur ont fait perdre la confiance qu'ils lui accordaient. 

Concernant ce fait divers voir les autres articles :
22 juin 2013 - France Guyane - le lien ici : Un garimpeiro tué d'une balle tirée par un gendarme
25 juin 2013 - France Guyane - le lien ici : Garimpeiro mort: la légitime défense se profile


Presse 1er juillet 2013

Source France Guyane - 01/07/2013     le lien ici: Formés à secourir...

Formés à secourir au combat

A travers l'évocation de l'embuscade qui coûta la vie il y a un an à l'adjudant Moralia et au caporal chef Pissot, l'article souligne l’extrême difficulté du combat en jungle où le milieu forestiers dense et opaque place les adversaires dans des situations de combats rapprochés extrêmement intenses.



Presse 1er juillet 2013

Source France Guyane - 01/07/2013       le lien iciLe garimpeiro détenait 1 kilo d'or...

Le garimpeiro détenait un kilo d'or : un an ferme

Alors que sont souvent évoqués les impacts sanitaires, environnementaux ou sociaux de l'activité, cette saisie record de 1.214 g de minerai aurifère (voir sur la  gauche le lien "cours de l'or"), illustre bien l'importance de l'impact économique direct de ce pillage destructeur de la forêt guyanaise, auquel il faut rajouter le coût des opérations de répression (héliportages...) les préjudices commerciaux (tourisme notamment) les coûts sanitaires (évacuation sanitaires héliportée, vectorisation du paludisme) etc....




Presse 2 juillet 2013

Source : www.slate.fr - 02/07/2013      le lien ici :   L'or de Guyane...

L'or de Guyane pèse moins lourd que le Brésil
Publié le 2 juillet 2013
Par Hélène Ferrarini, journaliste et enseignante en Guyane

"Face aux problèmes sociaux, environnementaux et sanitaires, à la criminalité, les moyens mis en œuvre par la France pour lutter contre l'orpaillage illégal sont peu efficaces. Et c'est volontaire.

Des militaires français démantèlent un site d'exploitation illégal de l'or dans le district 
de Saint-Laurent Du Maroni, en Guyane, en octobre 2012. REUTERS/Ranu Abhelakh -
Le même scénario dans n'importe quel autre département français tiendrait de l'impensable. Pourtant en Guyane, la situation dure depuis maintenant deux bonnes décennies et le statu quo n’est pas prêt de changer. Parce qu’il en va des relations diplomatico-commerciales de la France avec le géant brésilien, l'or guyanais continuera encore longtemps à alimenter les comptoirs brésiliens, l'envolée du cours de l'or aidant, malgré son corollaire de graves problèmes sociaux, environnementaux et sanitaires.

Une des conséquences les plus alarmantes est la contamination au mercure de certaines populations. Les activités d'orpaillage, en fragilisant les sols et en remuant les sédiments des cours d'eau, mettent en circulation du mercure naturellement stockés dans les terres guyanaises. S'ajoute à ce mercure «naturel», la pollution au mercure élémentaire, dont les orpailleurs se servent pour amalgamer les paillettes d'or. Pour 1 kg d'or, c'est 1,3 kg de mercure qui est utilisé.

Le métal s'accumule par la suite dans les chairs des poissons sous sa forme la plus toxique, le méthylmercure. Poissons qui finissent ensuite dans les filets des pêcheurs amérindiens, constituant une part importante de leur alimentation. Chez les Amérindiens Wayanas du Haut-Maroni, les taux d'imprégnation au mercure sont largement supérieurs aux normes de l'OMS, entraînant des troubles neuropsychologiques chez l'enfant, dont l'Inserm avait déjà décerné les signes dès 1998.

Des informations précises sur l'impact environnemental de l'orpaillage illégal sont difficiles à obtenir. En effet, depuis 2006, la Préfecture de la Guyane ne publie plus de rapport à ce sujet. Toutefois certaines associations environnementales, comme le WWF, mènent des travaux d'investigation. Cette ONG estime qu'au cours des années 2000, les surfaces déboisées et les linéaires de cours d'eau impactés par l'orpaillage illégal ont été multipliées par trois.

Quant aux quantités d'or exploitées, les estimations tournent autour d'une dizaine de tonnes extraites illégalement de Guyane chaque année; soit, dix fois plus que par la voie légale. Ce sont plusieurs milliers de garimpeiros —entre 6.000 et 30.000 selon les estimations— qui s’attellent à cette rude tâche, dans plusieurs centaines de sites d'orpaillage clandestins, qui sont autant de villages en plein cœur de la forêt équatoriale.

Les recherches réalisées par le WWF attestent d'un véritable grignotage de l'intérieur du territoire guyanais. Les conditions de vie, dans ces lieux d'habitation précaires, très éloignés des centres urbains, sont particulièrement difficiles. Les échanges se font par pirogues sur les cours d'eau et par quads sur des pistes tracées dans la forêt. Les deux fleuves frontières, que sont le Maroni avec le Surinam et l'Oyapock avec le Brésil, sont des axes majeurs de l'orpaillage clandestin. C'est par là que transitent les garimpeiros, le matériel et l'or.

De l'autre côté du fleuve Oyapock, dans la ville brésilienne d'Oiapoque, une partie de l'or exploité illégalement rentre alors dans le circuit légal. Le métal y est déclaré dans des comptoirs brésiliens, avec pour mention «produit brésilien originaire d'Oiapoque», alors que l'orpaillage n'est pas pratiqué sur cette commune.

Face à cette situation, les moyens mis en œuvre par la France sont peu efficaces. Quelques centaines de militaires composent l'opération Harpie en place depuis 2008. Ils installent des barrages sur les fleuves pour contrôler les pirogues. Ils saisissent des quads. Ils détruisent des camps. Mais les barrages sont contournés par la forêt. Du nouveau matériel est acheminé. Les camps sont déplacés.

Quant aux orpailleurs expulsés, ils reviennent par la prochaine pirogue, le fleuve frontière étant extrêmement facile à traverser. Au mieux, ces actions gênent l'orpaillage illégal; dans tous les cas, elles ne l'éradiquent pas. Le phénomène aurait même tendance à reprendre, comme depuis un an dans les limites du Parc national amazonien, zone pourtant protégée s'il en est.

Alors que l'explication couramment avancée est celle de la difficulté du terrain, l'universitaire Gérard Police y voit une volonté étatique: «la répression est volontairement limitée. Les militaires auraient les moyens d'intervenir, si on leur donnait... Mais l’État français préfère passer sous silence le pillage de la Guyane française».

En 2008, on avait vu les prémices d'une coopération franco-brésilienne sous les traits d'un accord bilatéral de lutte contre l'orpaillage illégal. Mais ce texte est resté lettre morte, les parlementaires brésiliens ne l'ayant toujours pas ratifié. Il faut dire que sur la question de l'or guyanais, Paris et Brasília s'accommodent plutôt bien de ce statu quo. Ceux qui lancent des appels incessants à une coopération inter étatique sur l'orpaillage oublient un peu trop vite les principes de la Realpolitik, qui veut que les États agissent en fonction d'un savant équilibre d'intérêts nationaux et de rapports de force.

Du côté brésilien, l'or guyanais est une manne de revenus non négligeable. Les bénéfices de l'orpaillage clandestin sont certains. «Pour la ville d'Oiapoque, c'est une évidence, elle vit de l'orpaillage, l'Etat de l'Amapá [région brésilienne voisine de la Guyane] en tire aussi des bénéfices. La mafia, les clans y sont facilement identifiables. Mais c'est aussi le système financier brésilien dans son ensemble qui profite de l'or», décrit Gérard Police, auteur d'€udorado, le discours brésilien sur la Guyane française. Les garimpeiros viennent de l'Amapá voisin, mais aussi du Pará, du Maranhão, qui sont parmi les régions les plus pauvres du Brésil. L'universitaire explique que «les garimpeiros sont en fait des ouvriers qui travaillent pour des patrons qui, eux, ont les moyens de faire les investissements nécessaires pour l'exploitation aurifère.»

Des ouvriers et leurs familles aux patrons et leurs relations avec les milieux du pouvoir local, c'est toute une partie de l'économie de ces régions brésiliennes qui dépend désormais de l'or guyanais.

Du côté français, il est nécessaire de ménager le géant brésilien. Tout d'abord parce que la Guyane française n'est pas particulièrement bien vue par le Brésil. En général, comme une anormalité, à l'extrême comme une colonie, ce bout de France et d'Europe en Amérique latine ne va pas de soi. Gérard Police explique «la Guyane est dénoncée comme un reste de colonialisme, mais est tout de même tolérée par le Brésil, qui profite de la situation pour s'accorder certains avantages», comme celui de se servir dans les réserves aurifères guyanaises.

Et les Brésiliens ne sont pas sans rappeler le caractère anachronique de la Guyane française, lorsque la situation se raffermit à leur encontre. Ce fut le cas à la fin des années 2000 lorsque des politiques de l'Amapá menèrent une campagne antifrançaise particulièrement dure.

Or les tensions diplomatiques sont mauvaises pour le commerce. Et lorsque Paris regarde le Brésil, ce n'est pas un garimpeiro qu'elle voit, mais un gros client potentiel. Le Brésil est le premier partenaire économique français en Amérique latine. En 2011, le volume des échanges représentait 7,5 milliards d'euros, les importations françaises étant importantes dans les secteurs automobile, aéronautique et surtout de la défense.

En 2009, la France signait avec le Brésil un contrat d'armement de plus de 10 milliards d'euros, comportant entre autre des sous-marins. L'affaire fut moins concluante avec les Rafales, mais l'espoir d'en vendre 36 a tout de même tenu Paris en haleine jusqu'à il y a peu. A côté des milliards d'euros en jeu, l'or illégalement exploité par les Brésiliens en Guyane fait l'image de «miettes». D'ailleurs, la dernière visite de la Présidente brésilienne Dilma Rousseff à Paris a bien montré les priorités de la coopération franco-brésilienne. D'orpaillage, il ne fut point question.

Pour Gérard Police, c'est donc un «tribut en or que paye la France au Brésil» pour entretenir des relations pacifiées avec ce grand pays et préserver ainsi des intérêts commerciaux et diplomatiques. «Cette situation prendra probablement fin lorsqu'il n'y aura plus d'or en Guyane".

Hélène Ferrarini